Aucune entrée du fonds chinois ne pèse plus lourd que celle-ci : le dragon est le symbole le plus chargé de toute la tradition — emblème impérial (le trône était le trône du dragon, la face de l'empereur sa face), signe du zodiaque, maître des pluies —, et bienfaisant là où l'Occident en a fait un monstre : l'inversion est complète, et il faut la dire d'emblée. Le registre des manuels, rapporté avec la prudence habituelle, est à sa mesure : les livres de songes donnent des lectures de cette forme — un dragon qui s'élève au ciel, monter un dragon, un dragon qui entre dans la maison ou s'enroule autour du rêveur comptent parmi les images les plus fastes du fonds : élévation, honneur, grande fortune. Derrière ces formes se tient un socle classique qu'il faut nommer : le premier hexagramme du Livre des mutations, 乾卦 (qián guà), déroule la carrière entière du dragon — 「潜龙勿用」 (qián lóng wù yòng), « le dragon caché n'agit pas encore », 「飞龙在天」 (fēi lóng zài tiān), « le dragon volant est au ciel », 「亢龙有悔」 (kàng lóng yǒu huǐ), « le dragon monté trop haut connaît le regret » — l'échelle de l'essor, du sommet et de l'excès dont les images des manuels suivent les degrés. Mais le manuel n'est pas uniformément favorable, et le dire fait partie de la fidélité : un dragon qui descend dans un puits s'y lit du côté de la position perdue, un dragon mort du côté de l'infortune. Principalement faste, donc — non pas totalement. La couche proprement populaire a un visage et un jour : 龙王 (Lóng Wáng), le Roi-Dragon maître des pluies, que les temples des campagnes priaient en temps de sécheresse, et la fête du 「二月二,龙抬头」 (èr yuè èr, lóng tái tóu), « le deux du deuxième mois, le dragon lève la tête » — le réveil du dragon qui ramène les pluies de printemps.