Symbole de rêve
Rat

Rêver d'un rat : signification et interprétation

Ce que signifie rêver d'un rat ou d'une souris, et comment différentes traditions lisent ce symbole d'inquiétude discrète et de ruse.

Le rat n'inspire pas la peur d'un fauve : il inspire le dégoût, ce qui n'est pas la même émotion et n'oriente pas la lecture de la même manière. On ne fuit pas un rat, on voudrait qu'il ne soit pas là. Et il travaille dans le registre qui lui est propre — le grignotage : une action continue, silencieuse, qui n'attaque rien de front et affaiblit tout par la base.

Un rat aperçu furtivement, puis disparu. Le motif le plus fréquent. Il accompagne souvent le sentiment qu'un problème existe, qu'on l'a entrevu, et qu'on n'a ni le nom ni la localisation exacts pour s'en occuper.

Des rats en grand nombre. Le nombre change ici la nature du rêve, ce qui n'est pas vrai de tous les animaux. Un rat pose une question ; une prolifération dit qu'on a dépassé le stade où l'on traite les choses une par une.

Un rat qui ronge. Nourriture entamée, câbles, boiseries, papiers : le motif porte sur ce qui est atteint sans bruit. C'est le scénario qui parle le plus clairement de petites pertes répétées plutôt que d'un incident unique.

Un rat qui mord ou qui ne fuit pas. Un rat qui tient tête inverse le rapport de taille et se lit généralement comme une nuisance devenue frontale.

Ce que changent les détails. Le lieu, d'abord : un rat dans la rue et un rat dans la cuisine ne racontent pas la même chose, le second touchant à l'intime et au foyer. Ensuite, l'émotion : le dégoût, la peur et l'indifférence orientent trois lectures différentes. Et enfin ce que fait le rêveur — l'ignorer, le chasser, le tuer, l'attraper.

Ce que ce rêve ne signifie pas. Il n'annonce pas de maladie : aucune des traditions ci-dessous ne lit le rat dans un registre sanitaire, malgré l'association moderne évidente. Il ne désigne pas non plus une personne identifiable de l'entourage, même lorsqu'une tradition parle de quelqu'un — le rêve signale une vigilance, il ne nomme personne.

Regards croisés des traditions

Le matériau classique de la tradition d'interprétation des rêves en islam lit le rat et la souris défavorablement, et l'idée organisatrice est celle de ce qui consomme sans avoir produit : vol, corruption et épuisement se déroulant hors de vue. Des rats dans une maison se lisent en conséquence comme une personne à l'intérieur même du foyer qui prend ce qui ne lui revient pas, et des biens rongés comme une subsistance érodée par quelqu'un de proche. Les tuer ou les chasser se lit comme l'affaire enfin prise en main. On notera que la tradition ne rattache jamais le rat à la maladie : la lecture est morale et domestique, pas sanitaire, et il vaut la peine de le préciser à un lecteur moderne pour qui l'association est immédiate.

Il existe par ailleurs dans le corpus classique un courant lisant le rat comme une femme corrompue ou immorale. Il est rapporté ici comme ce que la tradition contient, avec son caractère d'époque rendu visible : le corpus attribue systématiquement des correspondances humaines aux animaux, et celle-ci en fait partie — c'est une lecture historique, ce n'est pas le point de vue de ce site. La diffusion réelle de cette lecture à travers le corpus n'est d'ailleurs pas certaine, et la lecture par le vol et l'épuisement suffit largement à rendre compte de l'image.

Dans une lecture d'inspiration jungienne, le rat relève de l'Ombre sous sa forme la moins imposante : non pas le double sombre et impressionnant, mais la chose négligée qui se multiplie là où personne ne regarde. L'affect est ici l'indice principal — c'est du dégoût, non de la peur — et la psychologie analytique tient la répulsion pour l'un des signes les plus sûrs qu'un contenu appartient au rêveur : ce qui lui est réellement étranger le laisserait indifférent.

Le grignotage constitue l'apport propre de cette image. Quelque chose est entamé à la base, en continu et sans bruit, ce qui décrit assez exactement la manière dont un complexe négligé travaille une position consciente restée en apparence intacte. Le nombre compte ici plus qu'avec un animal unique : une prolifération se lit comme un problème passé au-delà du point où l'on pouvait le traiter cas par cas. On gagne à comparer cette image à celle du chien, où l'instinct a été mis en relation avec la conscience : le rat est la vie instinctuelle qu'on a repoussée sous terre et qui s'est adaptée à l'obscurité. Comme partout dans cette approche, il s'agit d'une manière d'interroger l'image et non d'une signification fixée d'avance.

Le fonds populaire chinois porte réellement deux lectures du rat, et il faut se garder de commencer par l'une ou par l'autre. La défavorable est au moins aussi courante que l'autre, et c'est elle qui porte le dicton le plus connu (老鼠过街,人人喊打) : « quand un rat traverse la rue, tout le monde crie qu'il faut le frapper », expression standard pour désigner quelqu'un que tout le monde méprise, et la première chose qu'un locuteur chinois citera à propos des rats. À ses côtés circulent « les yeux du rat voient à un pouce », pour la vue courte, et « sourcils de voleur, yeux de rat », pour une allure fuyante. La lecture onirique dans ce registre est simple : perte et gâchis. Des biens rongés ou un rat dans la nourriture se lisent comme de l'argent qui fuit, et comme un avertissement portant sur de petites saignées persistantes plutôt que sur un désastre unique. On y ajoutera « fuir en se couvrant la tête comme un rat », l'expression consacrée pour une déroute — c'est à un rat que la langue chinoise compare celui qui détale, ce qui relie cette page à celle de la poursuite.

Contre cela court un courant franchement favorable, dont le renversement surprendra un lecteur européen. Le rat est le premier des douze animaux du zodiaque — le récit populaire explique cette préséance par sa ruse, l'animal ayant voyagé sur le dos du bœuf avant de sauter devant lui à l'arrivée — et il porte donc des associations de débrouillardise et de survie plutôt que de simple vermine. Il porte aussi une association de richesse par une logique populaire directe : s'il y a des rats dans le grenier, c'est qu'il y a du grain, de sorte que leur présence peut signifier une maison qui a quelque chose à prendre. Les deux courants sont réels et ce fonds ne les départage pas ; mieux vaut le dire que de choisir. Deux compléments enfin. Le déménagement des rats — leur départ d'un lieu — est une croyance largement répandue selon laquelle les animaux pressentent une catastrophe, inondation ou séisme, que les hommes ne perçoivent pas encore ; la croyance est stable, les couplets rimés qui l'expriment varient trop d'une région à l'autre pour qu'on en cite un. Et l'on notera, comme note régionale explicite, que dans le sud de la Chine et à Taïwan la musaraigne domestique est appelée « rat à sous », son couinement étant comparé au bruit de pièces qu'on compte, et son entrée dans une maison tenue pour heureuse : c'est une croyance locale, non le fonds commun, et elle ne porte pas à elle seule le versant favorable.

Le registre des manuels donne pour sa part des présages modestes et concrets. Les livres de songes populaires donnent des lectures de cette forme : un rat qui ronge les vêtements annonce que ce qu'on cherche sera à la fois perdu et obtenu ; rêver d'un rat annonce un petit gain d'argent ; le rat, 鼠 (shǔ), est proche à l'oreille du mot qui signifie compter, 数 (shù), et c'est de cette proximité sonore que vient son association au fait de compter de l'argent autant qu'à celui de se faire compter ses fautes par autrui. On notera au passage qu'un rat immobile, tapi sans bouger, ne se lit pas dans ce registre comme une timidité : la lecture populaire y voit plutôt quelqu'un qui manigance à couvert, ou un souci qu'on garde caché. Le versant favorable tient donc à ce petit gain plus qu'à la logique du grenier plein. La langue garde le versant peureux : 「胆小如鼠」 (dǎn xiǎo rú shǔ), « craintif comme un rat », dit d'une timidité extrême.

Votre rêve était différent ?

Racontez-nous exactement ce que vous avez vu — notre IA finement entraînée analysera chaque détail et nuance de votre rêve.

Obtenir une lecture personnelle