Symbole de rêve
Yeux

Rêver d'yeux : signification et interprétation

Ce que signifie rêver d'yeux perçants, blessés, ou qui ne voient plus, à la différence de la cécité complète, selon plusieurs traditions.

Les yeux occupent dans le rêve une position particulière : ils sont à la fois ce par quoi on voit et ce qui est vu. C'est le seul organe dont on puisse rêver dans les deux sens, et cette double position explique pourquoi le motif se scinde toujours en deux familles — celle du regard porté, et celle du regard subi.

Une vision devenue nette. Motif de la lucidité, souvent après une période de confusion. Ce qui compte est ce qui devient visible, pas la netteté elle-même.

Une vision qui se brouille, se ferme, se dérobe. Yeux qui piquent, paupières qui refusent de s'ouvrir, brume. Il ne s'agit pas d'un aveuglement total mais d'un effort pour voir qui n'aboutit pas.

Être regardé. Motif entièrement distinct des précédents. Un regard fixe, une foule qui observe, une présence qui ne quitte pas des yeux. Le rêve porte alors sur l'exposition et sur le public intérieur, pas sur la perception.

Des yeux là où il ne devrait pas y en avoir. Dans un mur, sur un objet, en grand nombre. Motif inquiétant mais que plusieurs traditions ci-dessous lisent tout autrement qu'une menace.

Croiser un regard. Le moment où une figure du rêve regarde en retour est presque toujours le point de bascule du rêve, et mérite d'être noté au réveil.

Ce que changent les détails. Un œil ou les deux — distinction que plusieurs traditions ci-dessous prennent au sérieux ; la couleur, quand elle frappe ; et le fait que les yeux soient ceux du rêveur ou ceux d'un autre.

Ce que ce rêve ne signifie pas. Il ne renseigne en rien sur la vue réelle du rêveur et n'annonce aucun trouble oculaire. C'est la page où cette réserve compte le plus, parce que le rapprochement est immédiat et faux : les traditions ci-dessous lisent la compréhension, le discernement et le jugement, jamais un organe. Pour toute inquiétude concernant la vue, seul un professionnel de santé peut répondre.

Regards croisés des traditions

La tradition classique d'interprétation des rêves en islam lit les yeux comme le discernement et la guidance, et les rapporte à la religion du rêveur et à sa capacité de voir sa situation telle qu'elle est — ce qui fait de la vue une faculté morale et intellectuelle plutôt que physique. Une vue claire et saine se lit comme guidance et compréhension juste ; une vue affaiblie, l'obscurité ou la cécité se lisent comme égarement, confusion, ou incapacité à percevoir une affaire dans laquelle on est engagé. La tradition distingue la perte d'un œil de celle des deux, et lit la perte partielle comme une défaillance partielle de la compréhension plutôt que totale.

Il existe par ailleurs une association qui passe par l'arabe : les enfants sont décrits dans le Coran comme une qurrat 'ayn, une « fraîcheur de l'œil », de sorte que l'œil porte un lien avec la descendance et avec ce en quoi l'on se réjouit. Les deux choses sont liées dans la langue ; il serait excessif d'affirmer que le corpus onirique en tire ses lectures, et mieux vaut le présenter comme un arrière-plan que comme une dérivation. Il faut enfin redire ici, plus fermement que sur toute autre page, ce que cette tradition ne fait pas : elle lit la compréhension du rêveur, et l'article ne doit permettre à personne d'y entendre un énoncé sur sa vue.

Dans une lecture d'inspiration jungienne, les yeux figurent la conscience elle-même : la capacité de voir, et le rapport du rêveur à ce qui peut être vu. La cécité dans un rêve y est abordée comme une question et non comme un verdict — que le rêveur ne regarde-t-il pas, et ce non-regard est-il choisi ? La formulation en question plutôt qu'en réponse est ici l'essentiel de la méthode, et elle rappelle que cette approche n'assigne à l'image aucune signification fixe, Jung ayant récusé ce type de correspondance.

Être regardé se lit comme l'observateur intériorisé, le public devant lequel la persona se produit, et l'interprétation tient à la qualité de ce regard : hostile, indifférent, ou simplement présent. Des yeux apparaissant là où ils n'ont pas lieu d'être — dans des objets, dans des murs, en grand nombre — se lisent comme la conscience éparse du psychisme lui-même plutôt que comme une menace ; Jung a écrit que l'inconscient possède ses propres « luminosités » multiples, des points de conscience n'appartenant pas au moi, et l'image aux yeux multiples relève de ce territoire. Croiser enfin le regard d'une figure du rêve est traité comme le moment où un contenu cesse d'être observé et devient une relation. Comme partout, et particulièrement ici, la lecture n'est pas diagnostique.

Le matériau populaire chinois le plus abondant à propos des yeux ne porte pas sur les rêves mais sur le corps éveillé, et c'est la première chose qu'un lecteur chinois aura en tête ; mieux vaut le donner avec son cadrage exact que l'omettre. La formule (左眼跳财,右眼跳灾) est : « l'œil gauche qui tressaille annonce la richesse, l'œil droit annonce le malheur ». C'est un présage lu sur le corps à l'état de veille et non une règle d'interprétation des rêves, et l'article le dit en le donnant, parce que son absence d'une page consacrée aux yeux serait voyante. Il faut ajouter que les variantes sont nombreuses et qu'aucune version ne peut être dite canonique : certaines conditionnent l'assignation au sexe du rêveur selon la convention « hommes à gauche, femmes à droite », une variante équivalente circule avec « bonheur » et « calamité » à la place, et l'attribution inverse est courante dans certaines régions. Il existe par ailleurs une tradition d'almanach plus élaborée lisant le tressaillement selon l'heure du jour plutôt que selon le côté ; on peut mentionner qu'un tel système existe, sans en reproduire aucun tableau horaire.

Dans le matériau onirique proprement dit, des yeux vifs et clairs se lisent favorablement comme discernement et bon jugement, tandis que des yeux blessés, troubles ou fermés se lisent comme le fait de ne pas voir une situation telle qu'elle est, d'être trompé, ou de mal juger quelqu'un — l'expression « avoir des yeux et ne pas reconnaître le mont Tai » rend ce registre avec exactitude. Ce sont là des associations culturelles courantes et non des verdicts des livres de songes : ceux-ci s'en tiennent à des présages beaucoup plus simples, du genre « des yeux clairs, présage faste », sans rien dire de discernement ni de tromperie. Trois autres expressions appartiennent à cette page, et les deux premières sont ce qu'un lecteur chinois a réellement en tête pour l'œil comme organe du vrai. « Ce que l'œil voit est réel, ce que l'oreille entend est vide » est le proverbe ordinaire pour préférer la vue au rapport d'autrui, et il converge directement avec la lecture islamique ci-dessus, où la vue saine vaut compréhension juste. « Yeux de feu, pupilles d'or » désigne la capacité de percer un déguisement. L'expression a son origine dans le Roi-Singe, dont les yeux furent durcis dans une fournaise, mais elle s'en est détachée depuis longtemps : on l'emploie couramment pour tout regard qui ne se laisse pas tromper, sans que personne songe au singe, et il serait inexact de la présenter comme si elle renvoyait encore à cette seule scène. C'est le registre chinois exact de la lecture donnée plus haut sur le fait d'être trompé. « Poser le point sur l'œil du dragon peint », enfin, désigne la touche finale qui fait vivre une chose, d'après l'histoire d'un peintre dont les dragons s'envolèrent du mur dès qu'on leur eut ajouté les yeux ; elle fournit une lecture favorable des yeux ouverts ou donnés en rêve, qui manquerait autrement. Le fonds populaire est ici moins systématisé que pour les animaux et les objets, et il vaut mieux le reconnaître.

Le registre des manuels est ici très court, et c'est cette brièveté qu'il faut rapporter. Les livres de songes populaires donnent des lectures de cette forme : des yeux clairs et vifs annoncent une bonne fortune ; des yeux ternes ou affaiblis, un revers. Rien de plus n'y est fixé, et les formules de la langue font le reste du travail. 「有眼无珠」 (yǒu yǎn wú zhū), « avoir des yeux sans prunelles », se dit de qui ne reconnaît pas la valeur de ce qu'il a devant lui, et 「眼高手低」 (yǎn gāo shǒu dī), « l'œil haut, la main basse », de qui juge bien et exécute mal — formule de langue et non lecture de rêve : un manuel qui rencontrerait une main incapable de bouger y lirait simplement une affaire qui n'aboutit pas. Les yeux de feu évoqués plus haut disent, eux, le discernement acquis et non l'état de celui qu'on trompe.

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